Lire pour écrire, en paix

Même si nous avons tendance à l’oublier, les armes et ceux, quels qu’ils soient, qui en font usage, peuvent parfois empêcher les colloques de lettres d’avoir lieu. Les 22 et 23 mai devait se tenir à Beyrouth le colloque
Lire pour écrire. Une nouvelle finalité pour l’enseignement de la littérature ?. organisé par le Département de lettres françaises de l’Université Saint Joseph, en partenariat avec l'équipe Fabula. La
« situation » du Liban, autrement dit l’usage de sacs de sable, pneus brûlés et autres armes à feu, nous oblige à reporter cette rencontre à une date ultérieure, bien que nos collègues sur place continuent d’assurer leur enseignement, comme ils continuent de vivre. Les armes à feu, pourtant, et ceux, quels qu’ils soient, qui en font usage, n'ont jamais empêché quiconque de lire, écrire ou réfléchir. On pourra donc relire les récents numéros de
la revue Acanthe, publiée par le département de lettres de l’Université Saint Joseph, ou encore continuer de s’interroger sur le rapport de la lecture aux possibles d’écriture, en lisant les pages de l’
Atelier de Fabula consacrées
aux textes possibles. Les armes à feu, enfin, qui sont impuissantes également à briser l’amitié, ne nous empêcheront pas de nous retrouver, à Paris ou à Beyrouth, français, catalans, juifs, bretons , libanais, sunnites, grecs, chiites, gascons, arméniens, etc. pour lire, écrire et réfléchir, ensemble et en paix.
"The books, not the pants"

Gallimard a fait paraître cette semaine le volume des
Œuvres de C. Lévi-Strauss dans la "Bibliothèque de la Pléiade", à la veille du centenaire de l'auteur de
Tristes tropiques, dans une édition préparée par V. Debaene, F. Keck, M. Mauzé & M. Rueff. Le site BibiObs.com, qui propose un
dossier consacré à l'anthropologue, a demandé à ces quatre jeunes chercheurs de dire
l'actualité de la pensée de Lévi-Strauss pour la recherche en sciences humaines. On peut également voir sur ce même site l'enregistrement vidéo de
l'émission réalisée par J. Garcin en 1984. P. Assouline propose de son côté un
portrait de C. Lévi-Strauss en moraliste.
Ecce Homais

La philosophie, dont le propre pour Nietzsche comme pour
Deleuze, serait de "nuire à la bêtise" aurait-elle trahi sa mission, et la bêtise serait-elle l'affaire des écrivains?. A. Roger fait paraître un
Bréviaire de la bêtise, dont un article du site nonfiction.fr vient de rendre compte:
"La bêtise, c'est la bêtise". Il y a quelques mois, B. Cannone faisait pour sa part l'hypothèse que
La Bêtise s'améliore. Et P. Pachet ironisait naguère sur
la Bêtise de l'intelligence. La bêtise se porte décidément bien (ecce Homais!). On peut toutefois lui préférer le
nonsense, dont un article de N. Cremona propose une définition dans l'
Atelier de théorie littéraire. Ou jouer franchement le jeu de
l'humour philosophique avec
la Petite Philosophie des histoires drôles de L. de Brabandere, salué par un
article de R. Maggiori dans Libération.
Milner requis par la langue française

Deux essais importants de Jean-Claude Milner reparaissent, revus et augmentés, dans la collection de poche des éditions
Verdier:
Le périple structural. Figures et paradigme reprend les principales figures de ce qu'on a appelé le structuralisme, évalue un mouvement qui a bouleversé les dispositifs d'opinion, et restitue les déplacements et les innovations qui organisèrent,
dans l'espace de la langue française, les années soixante. Le second,
Dire le vers, co-écrit avec François Regnault offre à chacun de régler sa voix et son souffle, car un vers n'est rien s'il n'est pas dit; or, bien dire un vers ne relève ni de l'humeur du moment ni de recettes artisanales, mais de la langue elle-même. Elégant et extrémiste, J.-C. Milner continue d'incarner ici, comme l'écrit Ph. Lançon, "presque à la marge, presque dans l'ombre, la splendeur de la théorie".
Un autre monde est possible

Deux coups de théâtre successifs lors de la récente épreuve de littérature française au concours ENS-LSH: que le jury ait pu préférer un poète vivant à des classiques bien morts, et J. Roubaud à Montesquieu, Corneille ou Stendhal au moment de choisir le sujet (une sentence sur la poésie comme art des possibles, à confronter au recueil
Quelque chose noir…) ; et qu'une alerte à la bombe ait suscité l'interruption de l'épreuve dans les salles parisiennes puis l'annulation nationale de l'épreuve. Cela fait un assez beau sujet de réflexion pour P. Assouline, dans un billet intitulé
"La poésie de J. Roubaud est explosive", et l'objet d'une de
ces pétitions dont la France a le secret pour obtenir l'annulation de l'annulation… L'affaire fait grand bruit sur le Net:
nonfiction.fr vient de dresser une première liste de réactions, dont
celle de J. Roubaud sur le site Le Tiers Livre, et un
article de J.-F. Piquet sur remue.net intitulé: "Qui a peur de J. Roubaud?". On peut préférer lire ou relire l'entretien avec le poète publié par le site Biffures sous le titre:
"La poésie ne s'écrit pas" (mais les dissertations, oui).
Manchette au jour le jour

Le site BibliObs.com salue par un article intitulé
"Je chie sur la France" la parution chez Gallimard du
Journal inédit de J.-P. Manchette (en librairie le 2 mai), et en offre quelques extraits: "Comme je voudrais être un honnête écrivain, bricolant chaque année un roman, quatre policiers et trois dramatiques. Ou un scénariste comme Sautet. Ou un cinéaste comme Mocky. […] Il y en a qu'on nourrit à la sonde; moi je crée à la sonde. Travailleur intellectuel. Prolétaire intellectuel. Le degré grabataire de l'écriture. Je chie sur cette putasserie mal payée." Le site LibeLabo vient de son côté de mettre en ligne
quatre vidéos de l'auteur du Petit bleu de la côte Ouest dont
les archives et manuscrits viennent d'être confiées à la Bnf.
Acta fabula avait rendu compte en son temps de l'un des rares essais consacré au maître du "néo-polar":
J.-P. Manchette. Le récit d'un engagement manqué de F. Frommer (recension par C. de Bary:
"Noir manchette"). La plupart des titres de Manchette sont désormais réunis dans un volume de la collection "Quarto". Rappelons encore la tenue en Sorbonne et à la Bilipo d'un récent colloque
"Un auteur hors-série? J.-P. Manchette".
L'homme avant les femmes

Les éditions Gallimard publie un surprenant
inédit de P. Drieu la Rochelle: Notes pour un roman sur la sexualité: une "confession dérangeante, âpre, sans concessions et sans apprêts, sur les débuts sexuels de Drieu", "une jeunesse hantée par le sexe, depuis la jalousie œdipienne […], jusqu'à son effroi devant les jeunes filles vierges, en passant par ses rapports délicats à l'homosexualité". P. Assouline salue cette parution dans un article intitulé
"Sexualité de l'homme couvert de femmes", en s'interrogeant sur la gloire posthume de l'écrivain: "il y a un tel décalage entre la passion que suscitent encore ses livres et sa personne dans la presse […] et l’indifférence du public, qu’on en vient à se demander s’il ne serait pas un écrivain pour critiques, comme Faulkner est un écrivain pour écrivains."
Ralentir, travaux: le nouvel Atelier de Fabula

L'Atelier de Fabula fait peau neuve, et présente une
nouvelle page d'accueil. Il propose actuellement un ensemble organisé de plus de 600 pages, l'équipe de l'atelier accueillant et évaluant toutes sortes de textes (articles, pre-prints, citations, redéfinitions, ensemble de questionnements...) associés entre eux par hyper-liens. On peut entrer dans cet univers par plusieurs portes.
Entrer par problèmes: la page d'accueil met en avant la construction d'ensembles mobiles, et propose des "éditoriaux" qui ouvrent des questions générales en renvoyant à la fois aux chantiers de l'Atelier, aux contenus présent sur Fabula et à l'internet littéraire.
Entrer par notions: le "sommaire" se distribue en une série de mots-clés, à la manière d'un dictionnaire évolutif de théorie littéraire.
Entrer par articles:
l'index général présente l'ensemble des pages et manifeste la variété du paysage. Pour en observer les reliefs, et l'organiser à votre tour, poussez les portes de
l'Atelier...
Tous libertins!

Du Grand Siècle au siècle des Lumières et d'un libertinage à l'autre: I. Moreau s'intéresse dans
Guérir du sot au "clair-obscur" des libertins érudits de l'âge classique (S. Feller en donne le
compte rendu dans Acta fabula), et P. Wald Lasowski envisage
le roman libertin du XVIIIe siècle comme Le grand déréglement: "La littérature romanesque n'est-elle pas la zone franche de la littérature comme le sexe est la zone franche du corps?" — pendant que J. Mainil s'attarde en galante compagnie dans
Don Quichotte en jupons. Des effets surprenants de la lecture (
compte rendu par Y.-M. Tran-Gervat). Un pas (glissant) de plus, et c'est un libertin romantique:
Musset ou la nostalgie libertine, de V. Ponzetto (
compte rendu par C. Chamouton).