Personnages en quête de théorie
La catégorie du personnage semble inhérente à toute fiction, et à ce titre anhistorique. Or elle pourrait s’avérer d’un usage problématique lorsqu’elle est appliquée à des oeuvres antérieures au paradigme du roman "réaliste" du XIXe siècle qu’ont largement privilégié certains théoriciens de la notion: elle véhiculerait tout un ensemble de présupposés, notamment en termes d’analyse psychologique, assez étrangers aux fictions antiques ou classiques. La cinquième séance du séminaire « Anachronies » (le 03 février 2012) abordera les problèmes liés à la notion de personnage à partir de deux études de cas: l’Énéide de Virgile et les Fables de La Fontaine.
La Civlisation du journal

Vaste entreprise collective, La Civilisation du journal se propose d’étudier d’un double point de vue, à la fois historique et littéraire, le siècle d’or de la presse écrite française. Réunissant plus de soixante auteurs venus de la littérature et de l’histoire politique, culturelle et sociale, cette somme entend aborder les différentes manifestations de l’entrée dans l’ère médiatique qui s’est opérée en France entre 1800 et 1914. L’ouvrage propose ainsi des études consacrées aux conditions concrètes de l’activité journalistique, un inventaire des différentes formes qu’ont pu prendre le périodique au XIXe siècle, des analyses consacrées au matériau textuel lui-même, autant d’entrées qui permettent de mettre au jour l’émergence d’un mode de représentation fondé sur l’écriture et la diffusion périodique, d’une véritable culture de la presse.
Raison des effets

Nul ne saurait mieux nous en convaincre qu'un journaliste du Figaro dénonçant le "bourdivisme": on a aujourd'hui comme hier de très bonnes raisons de lire et relire P. Bourdieu. Dix ans après sa mort, les éditions du Seuil font paraître, ses cours inédits au Collège de France (1989-1992): Sur l'État, soit cette "fiction collective aux effets bien réels qui est à la fois le produit, l'enjeu et l'espace ultimes de toutes les luttes d'intérêts". Le même éditeur réédite dans sa collection "Points" la seconde partie de l'oeuvre du sociologue dont Les Règles de l'art, et les méconnues Méditations pascaliennes, dialogue inattendu entre deux théoriciens de la "raison des effets". La revue Sciences humaines (disponible en kiosque ou en ligne) consacre un numéro spécial à l'oeuvre du sociologue. Signalons aussi une exposition à Strasbourg qui réunit 150 photographies en noir et blanc prises par Pierre Bourdieu entre 1958 et 1961, lors de son séjour en Algérie.
Perec Condottiere

"Gaspard Winckler est un peintre faussaire travaillant pour le compte d'Anatole Madera. Depuis plusieurs mois, il consacre son temps à la réalisation d'un faux Condottière, célèbre tableau conservé au Louvre réalisé en 1475 par Antonello da Messina. Dès le début de l'intrigue, Winckler assassine son commanditaire. Enquête sur les mobiles de ce meurtre." Tel est le résumé diffusé par les éditions du Seuil d'un roman inédit de Georges Perec qui paraîtra en mars prochain dans "La Petite Librairie du XXe siècle", sous le titre du Condottière et avec une préface de C. Burgelin. Pour saluer l'événement, la revue Europe, qui fêtera cette année son millième numéro, consacre un numéro double à Perec (n° 993-994).
Bergson dans toutes les poches

Bergson sera dans toutes les poches en cette année 2012. Tombée dans le domaine public, son oeuvre déjà rééditée dans la collection "Quadrige" aux PUF entre titre après titre au catalogue de la "GF" chez Flammarion: paraissent dès ce mois de janvier, dans des éditions nouvelles, Matière et mémoire et Les deux sources de la morale et de la religion, en attendant L'Évolution créatrice.
Anacharsis

Le nom du philosophe scythe désigne par antonomase l’étranger avisé, le « regard du dehors » qui met à distance les moeurs habituelles de la Cité. C'est aussi depuis le début du nouveau millénaire le nom d'une maison d'édition toulousaine spécialisée dans les récits de voyages, d'essais et d'autres textes voués à la rencontre entre les cultures (diff. Les Belles lettres). À son catalogue, on trouve en outre une courageuse collection d'essais, parmi lesquels les récents volumes Bayle et la liberté de conscience ou Les Postures libertines de J.-P. Cavaillé, en attendant le Copiste comme auteur de L. Canfora.
Le Magasin du XIXe siècle

Se substituant au bulletin Dix-neuvième siècle, Le Magasin du XIXe siècle est une revue annuelle lancée par la Société des études romantiques et dix-neuviémistes. Doté d’une nouvelle maquette, Le Magasin du XIXe siècle est également marqué par un nouvel esprit éditorial. Désireux de se démarquer des revues scientifiques traditionnelles et animé par un esprit de « vulgarisation », dans l'acception la plus noble de ce terme, Le Magasin du XIXe siècle souhaite s’ouvrir à de nouveaux lecteurs et susciter en eux le goût du XIXe siècle, en leur faisant découvrir le fruit des recherches en cours. Cette première livraison met notamment à l'honneur un dossier consacré à la question des femmes auteurs au XIXe siècle.
Sous le signe de Baudelaire

Quelques semaines après la sortie du livre d'Yves Bonnefoy et la tenue à Paris d'un colloque international sur les réceptions critiques de l'auteur des Fleurs du Mal, A. Compagnon consacre son cours et son séminaire au Collège de France à Baudelaire, comme figure irréductible, moderne et antimoderne. Occasion pour Y. Bonnefoy de revenir au Collège, ce mardi 10 janvier, pour donner une conférence inaugurale au titre programmatique : "Pourquoi Baudelaire ?". On pourra d'ici là relire l'un des tout premiers articles parus dans Acta fabula, "Bonnefoy lecteur de Baudelaire" par C. Alduy. Se tiendra enfin, au printemps, un colloque sur le même thème. Autant de retours à un poète qui nous permet, comme l'écrit Bonnefoy, de "garder la foi en la poésie".
Acta fabula — Dossier critique : "Le mal, en mots et en images"

Le mal a progressivement contaminé les arts du « court XXe siècle », modifiant profondément le rapport au réel et les façons d’en rendre compte. Acta fabula propose un aperçu de ces questions, en s’intéressant plus précisément à la seconde moitié du siècle. Cinéma, théâtre, littérature, philosophie, psychanalyse sont autant de domaines, qui ont dû composer avec et sur le mal. O. El Mansouri présente les mises en scène de Titus Andronicus, à partir de l’étude de S. Blanchet‑Beucher, quand P. Coudurier questionne les analyses de S. Rollet sur le traitement par le cinéma des génocides. S. Lacoste revient, pour sa part, sur les vertus heuristiques de Sade, dont É. Marty a démontré l’omniprésence dans les modernes sciences humaines. S. Lacoste et M. Vernet reviennent, enfin, sur l'histoire du mal, depuis la Révolution, à partir d’un collectif consacré aux « Puissances du mal », en tentant par là d'éclairer la confusion morale qui hante encore notre XXIe siècle.